Coup d’oeil sur les prothèses oculaires

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       Voir, comprendre, maîtriser : depuis toujours, la vue structure notre manière d’être dans le monde. Mais que reste-t-il quand l’œil disparaît ? Bien avant la médecine moderne, des sociétés ont tenté de recréer ce lien essentiel entre soi et les autres. Des premières prothèses antiques aux innovations actuelles, l’œil artificiel raconte une histoire à la fois intime et collective. Pour mieux la comprendre, jetons un œil à ce passé. 

Sur les traces du premier œil artificiel

Dans une tombe vieille de près de 5 000 ans, au cœur du site de Shahr-e Sukhteh en Iran, les archéologues ont fait une découverte troublante : une femme portait ce qui est aujourd’hui considéré comme la plus ancienne prothèse oculaire retrouvée. L’objet, composé d’une matière organique recouverte d’or, était finement gravé pour imiter un iris. Plus étonnant encore, des traces d’usure montrent qu’il ne s’agissait pas d’un simple artefact funéraire, mais bien d’un dispositif porté de son vivant. Ce visage ancien nous regarde à travers les siècles et pose déjà une question très actuelle : pourquoi remplacer un œil perdu ?

Il n’était évidemment pas question de rendre la vue. Tout était déjà affaire d’apparence, mais aussi de statut et d’identité. Porter un œil artificiel, à cette époque, pouvait signaler une position sociale élevée, voire une dimension symbolique ou spirituelle. Les chercheurs pensent donc que la femme retrouvée en Iran était prêtresse. Ainsi, le regard, même recréé, reste essentiel : il permet de continuer à exister aux yeux des autres. Même lorsqu’il ne permet plus de voir, il s’agit encore d’être vu.

Les yeux, “miroir de l’âme” ?

Les techniques évoluent lentement. Au XVIe siècle, le chirurgien Ambroise Paré décrit les premières prothèses oculaires « modernes ». Encore rudimentaires, souvent en métal ou en verre, elles sont inconfortables mais marquent une étape décisive : on ne se contente plus de masquer, on cherche à adapter l’objet au corps. Les siècles suivants perfectionnent les matériaux et les formes, jusqu’aux prothèses actuelles, réalisées sur mesure à partir de moulages faits directement dans la cavité oculaire.

Au-delà de la technique, la prothèse oculaire révèle des enjeux sociaux profonds. Après la Première Guerre mondiale, les “Gueules cassées” rappellent brutalement l’importance du visage dans la vie sociale. Retrouver un regard, même artificiel, devient une manière de réintégrer la société, de ne plus être réduit à sa blessure.

Aujourd’hui encore, ces prothèses interrogent notre rapport à l’apparence. Jusqu’où faut-il reconstruire ? Que signifie « être soi » quand une partie du visage est recréée ? De la femme de Shahr-e Sukhteh aux patients contemporains, une même idée traverse le temps : le regard n’est pas seulement un organe, c’est un lien essentiel entre soi et les autres.

Crédit image : Première prothèse oculaire retrouvée – Fouilles archéologiques du site de Shahr-e Sukhteh (Iran).

Pour aller plus loin :

Laura Battini, « Shar i-Sokhta, la “ville brûlée” du désert salé.»,  Sociétés humaines du Proche-Orient ancien, 11 juin 2023

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