Samory Touré, la résistance calme

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        Parfois, une photo vaut mille mots. Samory Touré, « maître absolu » du haut Niger depuis 1880, est capturé le 29 septembre 1898 par le capitaine Henri Gouraud, alors haut-commissaire de France. Son parcours de chef de guerre face à l’armée française lui confère un statut de grand résistant. Malgré son parcours d’homme de guerre, aujourd’hui l’image que l’on retient de lui de ce guerrier est celle d’un homme plein de sérénité. 

La photographie a été prise en 1899 par un des gardes de Samori Touré, Henri Gaden ou Henri Gouraud. Avec le temps, les traces de l’auteur des photographies se sont perdues. Qu’importe l’auteur de ces clichés, le photographe n’avait sûrement pas l’intention de le faire figurer comme un symbole héroïque de la libération de la Guinée, du fait de sa position de dominant. Pourtant la photographie a été utilisée à de nombreuses reprises pour magnifier la lutte anticoloniale et servir la contestation de la présence française en Afrique de l’Ouest. Pour comprendre la portée de l’histoire visuelle de Samory Touré, les historiens évoquent la notion du punctum, une « piqûre » qui va venir frapper celui qui regarde la photographie sans même qu’il ne l’analyse.

L’histoire d’un chef de guerre

Celui qu’on appelle le « Napoléon africain » ou encore le « Alexandre du Soudan français », était initialement un marchand. Lorsque sa mère est capturée au cours d’une razzia, il se fait soldat pour la récupérer. Cependant il ne s’arrête pas à cette première mission, et quelques années après l’avoir racheté, il devient chef de guerre. À la fin de la décennie 1860, le territoire de Samory Touré s’étend sur environ 400 000 km2 en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui c’est Sékou Touré, prétendu petit-fils de Samory Touré, qui a le plus contribué à porter l’histoire de son « ancêtre ». Il le présente comme un « martyr », un héros national projeté sur le devant de la scène lors de l’indépendance de la Guinée. Partant de la simple photographie de ce dernier, sa famille continue encore aujourd’hui de développer sa mémoire héroïque par divers moyens.

Une photographie unique ?

Cette photographie transmet également une importante information, elle n’est pas la seule de son corpus. En réalité le Portrait au Coran ressort parmi une multitude d’autres clichés trouvés  dans divers centres d’archives. La symbolique contestataire de cette œuvre n’est pas une évidence au premier coup d’œil. Cela n’empêche pas  pour autant à ce portrait de se retrouver dans les manuels scolaires de l’indépendance, dans les publications d’État, les pochettes de vinyles, les timbres, les bustes… Face à l’horreur de la conquête française, c’est le calme et la sérénité qui l’importent. Un symbole de la résistance passive.

Crédit image : Samory Touré, photographié le Coran entre les mains. 

Pour aller plus loin :

Elara Bertho, Photographies de Samori Touré : de la carte postale coloniale aux pochettes de vinyles, le devenir d’une icone. Photographies contestataires, usages contestés. p. 301-322.

Stéphane Richemond, Iconographie de Samory Touré : de Guélémou à Kayes (1898), Images et Mémoire, n°41.

Elara Bertho, Médias, propagande, nationalismes. La filiation symbolique dans les chants de propagande : Robert Mugabe et Mbuya Nehanda, Ahmed Sékou Touré et Samory Touré.

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