Les Choux de Créteil : les germes d’une nouvelle ville

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     Alors que Laurent Cathala vient d’être réélu le 22 mars pour son 9ème mandat, rappelons-nous de cette citation à son arrivée en 1977 : « Je ne suis pas l’ennemi des Choux ». Si vous vous baladez à Créteil, impossible de les manquer. Pourtant, leur histoire tumultueuse témoigne des transformations de la France du siècle dernier.

Le défi du logement

Pour loger la population issue de l’importante croissance démographique durant les Trente Glorieuses (concentrée en région parisienne avec une multiplication par plus de deux entre la fin du XIXe siècle et 1946), des grands ensembles de bâtiments sont imaginés. Cette notion reste floue et désigne surtout une construction rapide de bâtiments souvent imposants, pensés pour loger le plus grand nombre.

Les grands ensembles fleurissent mais acquièrent rapidement une réputation de “quartiers dortoirs”, des quartiers sans vie. Les Choux apparaissent alors comme une des dernières réalisations d’un style quasiment dépassé, construits de 1969 à 1974, alors que des destructions ont déjà débuté, à l’image de Drancy.

Faire renaître Créteil

Créteil n’est pas une ville nouvelle, mais l’aménagement des nouveaux quartiers bouleverse la jeune préfecture nommée en 1964. Menée par le général-maire Billotte, l’urbanisation débute à l’est (Mont-Mesly), puis s’étend à l’ouest avec le quartier du Palais.

Alexis Vibert-Guigue, à la tête de la Société d’Economie Mixte pour l’Aménagement de Créteil, charge l’architecte Gérard Grandval de concevoir près de 400 logements. Leur idée est de marquer un renouveau dans les grands ensembles en proposant une architecture unique. Grandval imagine des balcons aux formes arrondis offrant une meilleure exposition et une potentielle végétalisation.


Une réussite ?

Le projet suscite des critiques des cristoliens, notamment l’absence de concertation ; Pierre Dufau, architecte du Nouveau Créteil, rétorque « Lorsqu’on construit sur une décharge publique, l’avis prioritaire est celui des asticots et qu’en effet on ne leur a pas demandé leur avis », soulignant l’impossibilité de consulter une population face à un tel bouleversement.

Malgré un succès commercial correct, l’accueil critique des Choux reste mitigé. Vibert-Guigue accuse la publicité et particulièrement le terme « chou », lui préférant l’épi de maïs. Il ajoute que ces critiques ne comptent que peu, venant de personnes qui n’avaient de toute façon pas l’intention d’y habiter. Finalement, les Choux sont devenus l’image de Créteil, impossible de les manquer dans Tellement proches de Nakache et Toledano, et l’on peut alors se questionner si ce n’est pas ce qui choque qui marque l’histoire, à l’image d’un Victor Hugo.

 

Crédit image : Les choux de Crétei, 2013, Wikimedia Commons.

Pour aller plus loin :

AMESTOY Isabelle et al., Le monde des grands ensembles, Paris, Créaphis, 2004, 251 p.

DUFAU Pierre, Un architecte qui voulait être architecte, Paris, Londreys, 1989, 217 p.

DUFAUX Frédéric, Faire l’histoire des grands ensembles, Lyon, ENS, 2003, 207 p.

PRETECEILLE Edmond, La production des grands ensembles : essai d’analyse des déterminants de l’environnement urbain, Paris, Centre de Sociologie urbaine, 1971, 194 p.

TOMAS François et al., Les grands ensembles : une histoire qui continue, Saint-Etienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2003, 260 p.

VIBERT-GUIGE Alexis, Au temps des chemins de grue : chronique des années de béton, 1953-1993, Paris, Éd. des Alpes, 1993, 344 p.

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