Entre accusations, rumeurs et crimes occultes, Marguerite Joly incarne la peur des sorcières et de la magie noire dans le royaume de Louis XIV. Cette crainte connaît son paroxysme avec l’Affaire des poisons.
Il y a 344 ans, la chasse aux sorcières était à son paroxysme dans le royaume de celui qu’on appelle Louis Dieudonné.
La cour du Roi est alors secouée par l’Affaire des poisons. Cette dernière éclate à Paris entre 1679 et 1682, elle révèle un réseau d’empoisonneuses, d’avorteuses et de diseuses de bonnes aventures qui prédisait l’avenir. Il est question de potions, de poisons, mais aussi de messes noires décrites comme allant jusqu’au sacrifice d’enfants. Les clients qui utilisent ce réseau appartiennent à tous les milieux sociaux du royaume. Des bourgeois, quelques personnes du peuple, mais surtout des proches de la couronne. C’est pour cette raison qu’une enquête est menée, par Gabriel Nicolas de La Reynie, premier lieutenant général de police de Paris. Avec des suspects interrogés, emprisonnés et même condamnés.
Marguerite Joly, au cœur des soupçons de la cour
Parmi les accusées figure Marguerite Joly, soupçonnée de pratiquer des avortements et de fabriquer potions et poisons pour une clientèle majoritairement issue de l’élite. Dénoncée par l’abbé Étienne Guibourg, lui-même accusé de pratiquer des messes noires, elle est arrêtée puis soumise à la torture par l’eau. Cette torture consiste à faire suffoquer une personne avec de l’eau, généralement en mettant un tissu sur son visage puis en versant de l’eau dessus afin de faire manquer d’air l’interrogé. Il est très fréquent que les accusés avouent un crime pour faire cesser la torture. L’enquêteur ne cherche pas de réelle preuve matérielle, des aveux forcés suffisent. Marguerite Joly confesse alors sous la contrainte avoir eu connaissance de sacrifices d’enfants et dénonce plusieurs noms de ses clientes, dont celui de Françoise de Dreux, issue de la noblesse. Marguerite Joly est finalement condamnée et brûlée vive le 19 décembre 1681.
Cette affaire montre que même la cour du plus grand roi d’Europe n’était pas à l’abri de crimes occultes.
Crédit image : Gravure d’une messe noire avec sacrifice d’enfant, Henry de Malvost, XIXᵉ siècle.
Pour aller plus loin
PETITFILS Jean-Christian, L’affaire des poisons : crimes et sorcellerie au temps du Roi-Soleil, Paris, Perrin, 2013.
QUETEL Claude, L’affaire des poisons : crime, sorcellerie et scandale sous le règne de Louis XIV, Paris, Tallandier, 2021.
SOMERSET Anne , The Affair of the Poisons: Murder, Infanticide, and Satanism at the Court of Louis XIV, St. Martin’s Press, 2003

