Le XIIIe siècle marque l’apogée d’un conflit opposant deux groupes , les guelfes et les gibelins. Des tensions qui sont le miroir d’une guerre d’influence entre le pouvoir impérial et le pape. Le conflit entre les guelfes et les gibelins prend directement racine dans la querelle des investitures, qui à déjà fait l’objet d’un article auquel je vous renvoie pour une meilleure compréhension de cet article.
Pour ceux d’entre vous qui n’auraient pas lu ce fabuleux article de monsieur Durler (lisez-le : https://xn--enqutedhistoire-unb.fr/dou-vient-lexpression-aller-a-canossa/), la querelle des investitures a permis la séparation claire entre le pouvoir spirituel du pape et le pouvoir temporel de l’empereur, qui ne peut désormais plus intervenir dans les affaires proprement liées au Saint-Siège.
À cette époque, l’Italie n’est pas un état unifié et ne possède pas de pouvoir central. Ce territoire, constitué d’une multitude de Cités-Etats (comme Milan, Florence ou Bologne), est placé sous la tutelle de l’empereur du Saint-Empire Romain Germanique, qui détient également le titre de « roi des Romains ». Cependant, ces cités italiennes sont autonomes et le pouvoir de l’empereur sur l’Italie est assez relatif. Son pouvoir réside sur une coopération avec les Etats italiens.
La genèse du conflit
Les tensions débutent lors du règne de l’empereur Frédéric Barberousse (1122 – 1190), qui tente de réaffirmer son autorité en l’Italie, ce qui mène à un conflit armé entre les états Italiens et le Saint-Empire.
Durant ce conflit, les États italiens trouvent un allié, en la personne du nouveau pape élu Alexandre III (1159 – 1181). Le pape voit, en effet, d’un mauvais œil les prétentions impérialistes de Frédéric Barberousse sur l’Italie, et craint de perdre en influence sur le territoire.
Afin d’accentuer sa position, Alexandre III décide d’excommunier l’empereur, en 1160, preuve de sa détermination à s’opposer à celui-ci.
Autour de ce bras de fer entre le pouvoir impérial et pontifical, deux partis voient le jour : les guelfes (partisans du pape) et les gibelins (partisans de l’empereur).
Barberousse est finalement vaincu à Legnano en 1176 par la ligue lombarde, une alliance entre différentes cités italiennes (Crémone, Bergame, Milan, Bologne, etc…).
Le paroxysme des tensions au XIIIe siècle
Le conflit s’intensifie, de nouveau, lors du règne de l’empereur Frédéric II (1220 – 1250). Comme son prédécesseur, ce dernier tente également d’étendre son influence en l’Italie.
Cependant, l’empereur du Saint-Empire bénéficie du soutien de nombreuses cités italiennes pro-gibelins, ce qui lui confère une bien meilleure position. Une seconde ligue lombarde est organisée pour lutter contre lui, avec le soutien notable du fils de Frédéric II, Henri VII de Hohenstaufen. Celle-ci est écrasée par l’empereur qui peut ainsi librement s’étendre en Italie du Nord.
Les différents papes du XIIIe siècle tentent, également, de s’opposer à Frédéric II, mais sans réel succès. Une excommunication est également prononcée contre lui en 1227, par le pape Grégoire IX.
Durant le règne de Frédéric II, le camp des Guelfes fait pâle figure face à la puissance impériale et le camp Gibelins. Le pape Alexandre IV doit même quitter Rome, centre historique du pouvoir pontifical, qui devient pro-gibelins et donc hostile au pape. Ce dernier, ainsi que son successeur Urbain IV, sont contraints de fuir vers d’autres villes du Latium (région de Rome) plus sûres, comme Orvieto ou Viterbe.
La mort de Frédéric II en 1250 permet d’apaiser, un temps, les tensions avec une tentative de conciliation entre le pape Innocent IV et le nouvel Empereur Conrad IV. Pourtant, la mort prématurée de Conrad IV entraîne l’arrivée d’un nouvel ennemi pour la couronne pontificale, Manfred. Manfred est un des fils illégitime (hors mariage) de Frédéric II. Ce dernier s’empare du trône de Sicile, sur lequel il exerçait une régence pour son neveu (fils de Conrad IV) Conradin.
La prise de la Sicile par Manfred est soutenue par le camp des gibelins, qui voit en lui un nouveau leader. Ce dernier, pour affirmer son pouvoir, s’empare de la ville de Lucera et du trésor impérial. En réponse, le Pape Alexandre IV (1254 – 1261) l’excommunie en 1254.
La situation s’inverse lors du pontificat d’Urbain IV, qui demande l’aide du roi de France, Louis IX (1226 – 1270), dans son conflit l’opposant à Manfred.
Saint-Louis accepte d’aider la couronne pontificale et envoie ainsi son frère, Charles d’Anjou, au secours du pape.
Le déclin progressif des hostilités
L’intervention de Charles d’Anjou entraîne un basculement dans l’opposition entre les Guelfes et les Gibelins. En effet, celui-ci récupère Rome en 1265, ce qui permet enfin au pape de retrouver son siège. Il est, dans la foulée, sacré roi de Sicile par le pape Clément IV (1265 – 1268).
Charles d’Anjou s’empare officiellement de la Sicile en 1266, lors de la bataille opposant les armées de Manfred et du Comte d’Anjou, qui tourne à l’avantage de l’angevin et ou Manfred trouve la mort.
La victoire de Charles d’Anjou et son couronnement sur le trône de Sicile marquent le début de la fin du conflit entre Guelfes et Gibelins qui change notamment de nature : les guelfes désignant dorénavant les partisans des Angevins dans le Sud de l’Italie.
Le conflit entre les deux factions disparaît définitivement lors du siècle suivant marquant ainsi la fin des tensions en Italie et un déclin progressif de l’influence Germanique sur le territoire.
Crédit image : Les Guelfes empêchent les Gibelins de rentrer dans la ville, miniature de la Cronica par Giovanni Villani, manuscrit, Italie XIVe siècle.
Pour aller plus loin
Guelfes et Gibelins | Signification, histoire européenne et cités-États italiennes | Britannica, 2024, https://www.britannica.com/event/Guelf-and-Ghibelline.
Dumas Alex., « Guelfes Et Gibelins », Revue des Deux Mondes (1829-1971), 1836, vol. 5, no 5, p. 513‑544.
Pini Antonio Ivan, « Guelfes et Gibelins à Bologne au XIIIe siècle: l’« autodestruction » d’une classe dirigeante », Actes de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 1996, vol. 27, no 1, p. 153‑164.

