Le 20 août 1672, Jean et Cornelis de Witt sont massacrés par la foule déchaînée de La Haye. Ce sont les deux personnalités les plus influentes de la République des Provinces Unies à ce moment-là, pourtant, c’est dans une violence extrême qu’ils sont arrachés du pouvoir.
En 1672, éclate aux Provinces-Unies ce que les Néerlandais appellent le Rampjaar ou l’année du désastre. « Le gouvernement était désemparé, le peuple était déraisonnable et l’État n’était pas libre. ». La république est tout juste indépendante de l’Espagne depuis 1648. À ce moment-là, elle se retrouve attaquée par Louis XIV, roi de France. Dans cette attaque, elle est soutenue par l’Angleterre ainsi que par les princes-évêques de Münster et de Cologne.
Gouverner les Provinces-Unies
Dans les Provinces-Unies, le pouvoir est partagé en deux. D’un côté, le stathouder, autorité politique et militaire traditionnelle. Le rôle du stahouder fluctue et peut même disparaître, comme entre 1650 et 1672, lorsque la bourgeoisie se méfie de ses velléités monarchiques. De l’autre, le grand-pensionnaire qui est la figure centrale depuis l’indépendance. C’est le chef de l’exécutif et du législatif de la province de Hollande, qui est la plus puissante des sept provinces.
De 1653 à 1672, c’est Jean de Witt qui domine la République en tant que grand-pensionnaire. Il est soutenu par une élite civile qui préfère tenir l’armée à distance après la tentative de coup d’État de Guillaume II d’Orange, héritier de la maison régnante depuis l’indépendance de la République, contre la ville d’Amsterdam en 1650. Son frère aîné, Cornelis de Witt, occupe lui aussi une place importante. Indissociable de Jean politiquement, en plus de ses exploits en mer.
Le prince sauveur
En 1672, Louis XIV et son armée de 120 000 hommes expérimentés attaquent la République afin de conquérir les anciennes possessions espagnoles. Quatre des sept provinces tombent en un mois. En Hollande, la situation n’est pas si dramatique. La contre-offensive est plutôt maîtrisée mais une partie de la population, désespérée et en colère, voit en le prince Guillaume III d’Orange la figure du sauveur.
Cornelis, bien que vainqueur en mer, rentre et trouve la République en proie à la colère et à la frustration. Immédiatement, les partisans orangistes l’accusent lui et son frère et lui de haute trahison et de tentative d’atteinte à la vie du prince d’Orange. À la Haye, Jean échappe de justesse à un coup de couteau. Arrêté par la Cour de Hollande, Cornelis est torturé pour tenter de lui soutirer des aveux quant à ses intentions.
« Les ultimes barbares »
Le 20 août 1672, Jean rend visite à Cornelis en prison afin de le libérer, leur trajet retour est détourné par la population qui les conduit vers leur lieu de jugement. La foule déchainée de la Haye procède à un lynchage d’une extrême violence. Les témoins de la scène font état de coups de couteaux répétés, d’yeux arrachés et même d’actes anthropophages. Les deux frères finissent suspendus par les jambes, partiellement dépecés, phalanges et pénis amputés laissés à la vue de tous.
Le philosophe Spinoza, alors résident à Amsterdam, écœuré par l’événement, tente de placarder dans les rues de la ville l’expression « les ultimes barbares ». Son locateur l’empêche, de peur qu’il ne subisse le même sort.
Crédit image : Les corps des frères DeWitt ; attribué à Jan De Baen, 1672, Rijkmuseum, Amsterdam.
Pour aller plus loin
MIGNET, François Auguste, “Guerre et négociations de Hollande en 1672. Mort des frères de Witt”, Source des Deux Mondes (1829-1971) QUATRIÈME SÉRIE, Vol. 28, No. 5 (1er DÉCEMBRE 1841), pp. 677-728
DROIT, Roger-Paul, Souterrains de l’âge classique. In : Généalogie des barbares. Paris, Odile Jacob. Hors collection,2007, p.231-243.
SECRETAN, Catherine., FRIJHOFF, Willem. Dictionnaire des Pays-Bas au siècle d’or. Paris, CNRS Éditions. « Dictionnaires » 2018, p.888.
ALLAIN Thierry, NIJENHUIS-BESCHER Andreas, THOMAS Romain, Les Provinces-Unies à l’époque moderne. De la Révolte à la République batave. Paris, Armand Colin « Collection U », 2019, p.335
ROBERTSON, Fabien. Le mal, ou l’envers du monde. Revue du MAUSS, 2020/1 n° 55, p.299-314.

